Les problématiques de la photographies liées au Coronavirus Par Stéphane Valotteau, photographe à Brignais (69, France)

Mes confrères et moi avons dû nous adapter pendant de très longs mois à la problématique que nombre de métiers connaissent depuis deux ans : travailler avec (ou malgré) le coronavirus. Pas simple, pour un métier artistique comme le nôtre, devant montrer des visages, des expressions, des sourires ! Comment le faire avec un masque? Sans oublier bien d’autres soucis en lien avec mon métier premier, celui de photographe professionnel de mariage : https://stephanevalotteau.fr/.

Un premier rendez-vous pas ordinaire

Professionnel de la photographie, notamment des photos de mariage, depuis plus de 20 ans, j’étais loin d’imaginer recevoir un jour des futurs mariés masqués. Quand on est spécialiste des images, que l’on doit cerner les besoins, les envies des clients, pour le plus beau jour de leur vie, c’est un pari difficile.

J’aime voir des sourires s’illuminer. Alors, certes, il me reste les regards, qui peuvent en dire long. Mais un sourire, c’est magique. Voir le visage de mes clients rayonner de bonheur à la perspective du travail que nous ferons ensemble, imaginer déjà le joli minois de la mariée sur un beau portrait… tout cela m’est devenu plus compliqué.

Je fais avec, je m’adapte. Je devine l’approbation par le ton de la voix, les mots utilisés, et par les regards. Et je propose une séance photographie « comme nous le pourrons », avec si possible, si les pass sanitaires sont OK, quelques portraits des mariés, seuls, tombant le masque pour quelques minutes.

Mais quid de la cérémonie, et des invités ? Nous devons photographier des gens masqués, même si c’est la famille proche. Certains mariés ne manquant pas d’originalité ont fait faire des masques décorés, parfois avec leurs visages imprimés, ou avec la date du mariage, et des sourires dessinés.

Un mariage annulé, ou avec peu d’invités

Ce sont beaucoup de ces grands moments qui ont été annulés, ou organisés autrement. Des futurs mariés ont préféré annuler, ou reporter cette belle journée, pour ne pas s’unir sans les membres de leur famille, leurs amis. Nous avons donc été obligés de reporter, annuler ces séances, modifier les plannings parfois peu de temps avant, le Gouvernement ne pouvant annoncer les nouvelles mesures que toutes les deux semaines.

Lorsque les mariages sont maintenus, ils sont en petit comité, jauge maximale recommandée oblige. Et les invités sont bien souvent dispersés dans la salle des mariages. Il faut alors ruser pour les photographier ensemble, et ne pas montrer cette impression de vide dans l’assemblée. Déjà que nous ne pouvons montrer les sourires (les vrais), si en plus nous devions faire penser que l’endroit était quasiment désert… Cela ne refléterait pas une ambiance festive.

Il faut aussi prendre en compte les 10 ou 15 minutes d’aération entre deux cérémonies, les nettoyages de stylo, le fait de pouvoir enlever ou non le masque des mariés, puis le remettre pour les photos de groupe. Plus de photos d’embrassades, de félicitations. Pas de poignée de main de la part du maire.

Peut-on faire entrer des mariés sans masque dans une église, une mairie ? Certaines l’ont fait, d’autres non.

Un reportage photo un peu différent

Le Jour J, on s’adapte ! J’ai mis quelque temps à chercher des propositions sympas de photos avec des masques : nous ne sommes pas à un carnaval ou à un bal masqué ! Il ne faut pas tomber dans la caricature.

Les mariés seuls, je peux envisager de les prendre en photo sans masque, en gardant le mien bien sûr. Harmoniser les masques des invités reste la meilleure idée pour les photos de groupe. Quant aux enfants, pour les plus jeunes on peut envisager de ne pas en porter. Ce qui ajoute heureusement quelques sourires au reportage-photo !

Un autre problème est celui du repas. Les invités sans masque doivent se tenir à table à une distance raisonnable (souvent de deux mètres). Comment prendre en photo des personnes à deux mètres les unes des autres ? Et, si elles se rapprochent, il faut donc remettre le masque. Tout comme sur la piste de danse, debout et sans manger.

Toutes ces conditions hors-normes nous ont demandé, depuis deux ans, de repenser notre métier, de nous adapter, de composer avec la frustration des mariés, afin de leur proposer malgré tout un joli souvenir de cette belle journée.

En dernière anecdote, j’ai envie de vous raconter cette petite histoire : devant le nombre croissant de cas contacts, et devant la jauge revue à la baisse, les mariés ne recevant plus que les plus proches, je me suis vu organiser des séances photo un peu différentes.

Je prends pour exemple celle qui m’a conduit à faire une séance photo privée pour une famille ne pouvant se rendre à un mariage. Je les ai tous pris en photo afin qu’ils soient néanmoins présents pour la fête : original, non ?